Première vitesse : transformer sa chaîne de valeur
La décarbonation interne, socle de toute stratégie climatique crédible
Aucune démarche de contribution ne tient sans un engagement ferme sur la réduction des émissions propres. C’est le préalable absolu, et les référentiels internationaux ne laissent pas de place à l’interprétation. La Science Based Targets initiative (SBTi), qui compte plus de 10 000 entreprises avec des objectifs validés et plus de 12 000 engagées au total, impose que les objectifs de réduction couvrent les scopes 1, 2 et 3, et soient alignés avec les trajectoires compatibles avec l’Accord de Paris4.
La publication, en juin 2026, du SBTI Corporate Net-Zero Standard V2.0 a encore renforcé cette logique en mettant davantage l’accent sur la mise en œuvre effective des plans de transition, le suivi des progrès réalisés, la gouvernance climatique et la reconnaissance de mécanismes de contribution climatique complémentaires.
Cette nouvelle version de la norme reconnaît le rôle des crédits carbone à haute intégrité et des autres contributions climatiques, à condition qu’ils viennent compléter — et non remplacer — les efforts de décarbonation de l’entreprise. Elle consacre ainsi le principe selon lequel les réductions d’émissions au sein de la chaîne de valeur demeurent prioritaires, tandis que les actions menées hors chaîne de valeur constituent un levier additionnel permettant d’accélérer la décarbonation de l’économie dans son ensemble5.
La Net Zero Initiative (NZI) distingue de son côté trois piliers d’une stratégie net-zéro :
1 – réduire ses propres émissions ;
2 – contribuer à la transformation des secteurs d’activité ;
3 – et financer des projets de séquestration ou d’évitement hors périmètre.
Ces trois piliers sont complémentaires ; aucun ne se substitue aux autres.
À lire en complément : Net Zero émissions : les 3 piliers de la Net Zero Initiative
Une transformation profonde des modèles économiques
La décarbonation interne touche l’ensemble des opérations. L’efficacité énergétique (par exemple le remplacement de l’éclairage par des LED, l’isolation des bâtiments ou l’installation de systèmes de gestion intelligente de l’énergie) et l’électrification des usages (comme le remplacement de véhicules thermiques par une flotte électrique ou l’abandon des chaudières au fioul au profit de pompes à chaleur) en sont les leviers les plus immédiats. L’économie circulaire, qui permet de découpler la croissance de la consommation de ressources, constitue un autre axe structurant : recours à des matières premières recyclées, réemploi des emballages, réparation ou reconditionnement des produits en fin de vie ; y compris comme levier de financement via les crédits carbone.
L’engagement des fournisseurs est souvent déterminant : dans de nombreux secteurs, les émissions du scope 3 représentent entre 70 % et 95 % de l’empreinte carbone totale6. Cela peut passer par l’accompagnement des fournisseurs vers des énergies renouvelables, la réduction des emballages, l’utilisation de matériaux bas carbone ou encore l’optimisation des transports.
Enfin, sur les chaînes d’approvisionnement agricoles, cela implique de mesurer et d’accompagner les pratiques culturales directement sur le terrain, par exemple en développant l’agroforesterie, les cultures de couverture, la réduction du travail du sol, une fertilisation plus raisonnée ou encore la diminution de l’usage des engrais azotés.
À lire en complément :
👉 Financer l’économie circulaire grâce aux crédits carbone
👉 Scope 3 agricole : comment décarboner vos supply chains ?
Des progrès réels, mais contraints structurellement
Les entreprises les plus avancées progressent. Pourtant, même les mieux engagées se heurtent à des obstacles qui ne se résolvent pas à court terme : technologies de décarbonation encore en phase de déploiement, investissements aux cycles longs, dépendances à des infrastructures externes ou à des fournisseurs peu outillés. Certaines émissions restent difficiles à supprimer à court terme, notamment celles issues de procédés industriels (fabrication du ciment, de l’acier ou des produits chimiques), des transports longue distance (aviation, transport maritime de marchandises) ou encore de certains usages agricoles (émissions de méthane des élevages, utilisation d’engrais azotés).
C’est précisément là que la deuxième vitesse devient nécessaire.