Comprendre le Scope 3 dans l’agriculture : définition et impératifs d’action
Définition du Scope 3
Dans le secteur agricole, le Scope 3 désigne l’ensemble des émissions indirectes de gaz à effet de serre (GES) générées en dehors du périmètre direct des exploitations ou des industries agroalimentaires, mais liées à leurs activités, tout au long de la chaîne de valeur.
Ces émissions incluent notamment :
- En amont : la production des intrants (engrais, pesticides, aliments pour animaux), les pratiques agricoles chez les fournisseurs, l’extraction et la fabrication des matériaux.
- En aval : la transformation des produits, le conditionnement, la distribution, le transport, la vente, la consommation finale et le gaspillage alimentaire.
Selon le GHG Protocol – la méthodologie internationale de référence élaborée en 2001 par le World Resources Institute (WRI) et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) – les émissions sont classées en trois périmètres :
- Scope 1 : émissions directes (ex. : méthane des ruminants, carburant des tracteurs).
- Scope 2 : émissions indirectes liées à l’énergie achetée (par exemple pour le chauffage des serres en maraîchage, le fonctionnement des systèmes de ventilation ou de traite en élevage ou encore l’irrigation et le séchage des céréales en grandes cultures).
- Scope 3 : autres émissions indirectes liées aux partenaires, fournisseurs, clients.
Dans le secteur de l’agroalimentaire, le Scope 3 représente la part la plus importante de l’empreinte carbone, atteignant jusqu’à 95 % des émissions totales pour certaines entreprises[3] dont 82 % provenant de l’agriculture[3]. Cette prédominance montre que se concentrer uniquement sur les émissions directes (Scope 1 et 2) reste insuffisant face à l’ampleur du défi climatique.
Les principaux postes d’émissions ne relèvent pas directement des opérations de l’entreprise : production agricole, fabrication des intrants, transport, transformation, distribution ou encore fin de vie des produits.
Agir sur le Scope 3 implique donc de mobiliser l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur, y compris ceux qui ne relèvent pas juridiquement de l’entreprise, rendant la décarbonation à la fois stratégique et complexe à piloter.
Les impératifs d’action
Face à cette réalité, plusieurs impératifs s’imposent pour réussir la décarbonation du Scope 3 dans l’agriculture :
- Engagement collectif et transversal : la réduction des émissions du Scope 3 nécessite la mobilisation de l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur — agriculteurs, fournisseurs, transformateurs, distributeurs, consommateurs. Seule une coopération transversale permet de générer un impact réel.
- Transparence et traçabilité : il est essentiel de disposer de données fiables et précises sur les émissions à chaque étape pour identifier les leviers d’action prioritaires et suivre les progrès.
- Innovation et adoption de pratiques durables : cela inclut la réduction de l’usage des intrants polluants, l’optimisation des modes de transport, l’amélioration des pratiques agricoles (agroécologie, agroforesterie, stockage de carbone dans les sols) et la transformation durable des produits.
- Collaboration et incitations : des partenariats entre acteurs publics et privés, ainsi que des mécanismes d’incitation financière ou réglementaire, sont nécessaires pour accompagner et accélérer la transition.
- Sensibilisation des consommateurs : le changement des habitudes de consommation vers des produits à faible empreinte carbone joue également un rôle clé.
Identifier les principaux postes d’émissions : où se cache le carbone?
Les émissions indirectes de l’industrie agroalimentaire sont majoritairement liées à l’amont agricole, mais aussi au transport, au conditionnement, à la distribution, à la consommation et à la gestion des déchets.
La majorité des émissions de gaz à effet de serre du secteur agroalimentaire provient de la phase de production agricole. Les matières premières agricoles et leurs déchets représentent à eux seuls entre 65 % et 85 % de l’empreinte carbone du secteur agroalimentaire[4].
Au niveau de l’exploitation agricole, les principaux gaz à effet de serre (GES) émis sont :
- Le méthane (CH4) constitue 45 % des émissions agricoles[4]. Il provient principalement de la fermentation entérique des ruminants et de la gestion des effluents d’élevage[4].
- Le protoxyde d’azote (N2O) représente 42 % des émissions agricoles[4]. Il est majoritairement issu de l’utilisation d’engrais azotés et des pratiques agricoles.
Le dioxyde de carbone (CO2) est lié à la consommation de combustibles fossiles pour les engins agricoles, l’irrigation, le séchage et le stockage.