Incendies : des décennies de séquestration carbone perdues ?

L’été 2026 a détruit des décennies de séquestration carbone. Pourquoi cela change la stratégie forêt

En France, l’été 2026 restera comme une saison de feux de forêt hors norme. Plus de 42 000 hectares avaient déjà brûlé à la mi-juillet, un niveau jamais observé à cette date depuis vingt ans de relevés satellitaires¹. Au 27 juillet, près de 116 000 hectares avaient été parcourus par les flammes, contre un peu plus de 70 000 hectares sur l’ensemble de la saison 2022 selon le Conseil des Ministres². 

Mais derrière les hectares brûlés se cache une autre perte, beaucoup moins visible : celle de la capacité des forêts à absorber du carbone dans les années et les décennies à venir. 

La forêt ne reconstitue pas ce puits en quelques saisons. L’INRAE rappelle que la reconstruction d’un peuplement détruit s’inscrit dans le temps long et qu’une pinède peut mettre plusieurs décennies à retrouver sa capacité de stockage³ ⁶. 

Pour les entreprises qui financent des projets forestiers, la question devient alors incontournable : que valent les stratégies de contribution carbone forestière lorsque le puits lui-même est exposé à ce niveau de risque ? 

Il ne s’agit plus seulement de savoir « combien de tonnes financer », mais « quelles forêts financer, avec quelles garanties, dans un climat où le feu devient un risque structurel ». 

Des chiffres différents, un même constat : 2026 dépasse les années précédentes

Photo d'une forêt après les incendies de 2022

Au 27 juillet, le bilan officiel faisait état de plus de 13 500 feux de végétation depuis le début de la saison². Le suivi satellitaire Effis recensait pour sa part environ 96 300 hectares brûlés au 24 août, contre 66 300 hectares sur l’ensemble de l’année 2022³. 

Ces chiffres ne sont pas directement comparables : le premier provient du décompte officiel des feux de végétation, le second d’une détection satellitaire. Mais ils racontent la même histoire : 2026 dépasse déjà largement les niveaux observés les années précédentes. 

Le bilan carbone s’est lui aussi accéléré, avec deux méthodes de mesure :  

  • La Mégatonne de Carbone (MtC), qui ne tient compte que de la masse du carbone pur contenu dans les émissions ; 
  • La Mégatonne de CO2 (MtC02), qui tient compte de la masse totale de la molécule de CO2, et donc de l’oxygène.  

Au 24 août, le cumul atteignait 1,12 MtC, soit environ 4,1 MtCO₂, à comparer à une moyenne annuelle de 1 MtCO₂ entre 2003 et 2025⁷. Ce chiffre doit être considéré comme un plancher : le modèle utilisé capte imparfaitement certaines émissions liées notamment à la combustion des racines et des sols²⁶. Pour 2022, une réévaluation avait ainsi porté le bilan à près de 9 MtCO₂27. 

Rapporté aux 39 MtCO₂ que les forêts françaises ont séquestrées en moyenne chaque année entre 2015 et 2023, le bilan 2026 représente déjà entre 10 % et près de 20 % d’une année d’absorption nationale⁴. 

Un puits de carbone suspendu pour des décennies 

Le problème ne se résume donc pas au carbone libéré pendant l’incendie. Les arbres détruits cessent de séquestrer, tandis que les survivants peuvent continuer à dépérir après avoir subi un stress thermique ou des dommages racinaires. Les épicéas fragilisés peuvent notamment devenir plus vulnérables aux scolytes⁶, les tènements (ensembles de parcelles contigües) endommagés peuvent offrir une plus grande prise au vent et fragiliser la structure forestière, occasionnant ainsi des dommages supplémentaires. 

La perte de carbone se prolonge ainsi au-delà de la saison des feux. Une forêt qui brûle perd un stock, mais aussi une capacité future d’absorption. En effet, la forêt ne repousse pas toujours naturellement, et lorsqu’elle reprend, les essences pionnières (stockent moins de CO2 que les essences forestières.  

La forêt n’est pas qu’un stock de carbone 

Un régulateur hydrique dont l’absence se mesure 

Dans les stratégies RSE, la forêt est souvent analysée à travers les tonnes de CO₂ qu’elle peut stocker. Pourtant, ses fonctions dépassent largement le carbone. 

La litière, les systèmes racinaires et les sols favorisent l’infiltration et la rétention de l’eau. L’évapotranspiration participe au refroidissement des territoires. Les sols forestiers contribuent également à la filtration de l’eau⁹ ¹⁰. 

Il faut toutefois nuancer ce rôle : une forêt consomme elle-même de l’eau par évapotranspiration. Elle ne crée pas la ressource, mais participe à réguler sa circulation et son stockage. 

L’été 2026 a montré à quel point cet équilibre est fragile. Météo-France le qualifie d’été le plus chaud depuis 1900, avec une température moyenne de 24,0 °C, soit +3,6 °C, un déficit de précipitations proche de 40 % et 53 jours de vague de chaleur¹¹. 

Au 1er septembre, 61 % des points d’observation du BRGM affichaient des nappes sous les normales mensuelles et 90 % des niveaux étaient en baisse¹². Au 1er août, 1 373 petits cours d’eau étaient en rupture d’écoulement ou en assec, soit 43 % des stations suivies¹³. 

Après un incendie, les capacités de régulation des sols se dégradent. Selon l’INRAE, les sols brûlés perdent une partie de leur carbone organique et de leurs communautés microbiennes. Leur capacité à retenir l’eau diminue, tandis que la disparition du couvert végétal favorise le ruissellement et l’érosion⁶. 

Les effets peuvent durer plusieurs années. Une étude publiée en 2025 dans Communications Earth & Environment, portant sur plus de 100 000 échantillons issus de plus de 500 bassins versants de l’ouest des États-Unis, a observé des niveaux élevés de carbone organique, de phosphore et de turbidité pendant une à cinq années, et des effets sur l’azote et les sédiments jusqu’à huit ans¹⁵. 

Une biodiversité touchée bien au-delà des zones brûlées 

Le second angle mort est celui du vivant. Fin juillet, la ministre de la Transition écologique évoquait des pertes « catastrophiques » pour la faune sauvage, sans pouvoir encore les chiffrer précisément, certaines zones incendiées restant inaccessibles². 

L’impact dépasse les espèces directement touchées par les flammes. La destruction d’un massif modifie les habitats disponibles, fragmente les populations et peut perturber leur reproduction. Le feu affecte également la biodiversité des sols, dont dépend en partie la capacité de la forêt à se régénérer⁶. 

Pour une entreprise engagée dans une démarche de double matérialité, cette dimension compte aussi. La forêt contribue à plusieurs fonctions écologiques qu’un simple indicateur de tonnes de CO₂ ne suffit pas à représenter. 

Illustration d'une main présentant une essence plantée lors d'un projet de reboisement d'Oklima après un incendie

Faut-il encore investir dans les puits de carbone forestiers ? 

Spoiler : oui. Avec des pratiques qui évoluent. Parce qu’il y a un paradoxe : plus le risque monte, plus la résilience compte.  

La réponse consiste moins à nier le risque qu’à modifier le regard porté sur les projets. Plus le puits forestier est fragilisé, plus la capacité d’un peuplement à maintenir ses fonctions dans le temps devient déterminante. 

Le Citepa rappelle que la capacité d’absorption du secteur des terres diminue fortement depuis 2014, notamment sous l’effet du déclin du puits forestier¹⁹. Dans le même temps, le risque climatique continue de progresser, et les risques d’incendies avec. 

La question n’est donc plus seulement : combien de carbone cette forêt peut-elle stocker ? 

Elle devient : quelle est sa capacité à continuer de le stocker malgré les sécheresses, les incendies, les ravageurs et les évolutions du climat, et comment prévenir ces risques ? 

 

Si replanter ne suffit plus : quelle forêt reconstruire ? 

Le gouvernement vise un milliard d’arbres plantés d’ici 2032 et fait état de près de 300 millions d’arbres plantés depuis 2021². Mais la quantité d’arbres ne suffit pas à déterminer la résilience future d’un peuplement. 

L’INRAE souligne que le pin maritime n’est ni intrinsèquement résistant ni intrinsèquement vulnérable au feu. La structure et la continuité des peuplements jouent également un rôle majeur⁶. 

La diversification peut constituer l’un des leviers de résilience, dans les limites de la compatibilité ente essences plantées, caractéristiques des sols et prévisions d’évolution climatique. Des bordures de feuillus peuvent constituer une réponse possible⁶, de même que les coupures de combustibles². 

Il ne s’agit pas d’opposer mécaniquement une essence à une autre. L’enjeu est de concevoir des peuplements plus diversifiés, de travailler sur leur structure, leur continuité, les ripisylves, les îlots de semenciers et la gestion du sous-bois⁶. 

Autrement dit, la question n’est plus seulement de replanter, mais de déterminer quelle forêt reconstruire. 

Ce que le Label bas-carbone encadre déjà 

La version 3 de la méthode « Reconstitution de peuplements forestiers dégradés » a été validée le 14 février 2025 et s’applique depuis le 1er avril 2025²⁵. 

Elle fait de la diversification un critère d’éligibilité. Entre 4 et 25 hectares, un tènement doit associer au moins deux essences ; au-delà de 25 hectares, au moins trois. Dans les deux cas, l’essence majoritaire ne peut dépasser 70 % de la surface²⁵. 

Après un incendie, la méthode impose aussi de respecter le temps de la régénération. Au minimum deux saisons de végétation doivent s’écouler avant une demande de labellisation. La méthode recommande même d’attendre jusqu’à cinq ans, et jusqu’à huit ans en zone méditerranéenne, afin d’observer la capacité du milieu à se régénérer naturellement²⁵. 

Le scénario de référence repose précisément sur cette colonisation naturelle¹⁸ : le projet ne peut valoriser que le carbone supplémentaire attribuable à son intervention, au-delà de ce qui aurait été stocké spontanément. 

La permanence du carbone est également intégrée au dispositif. Un rabais de 5 % à 15 % est appliqué selon le niveau de risque incendie, auquel s’ajoute un rabais de 10 % pour les risques généraux. Le projet est suivi sur 30 ans, avec un audit à cinq ans¹⁸. 

Ces exigences ne suppriment évidemment pas le risque. Elles cherchent à limiter la surestimation du carbone, à mieux prendre en compte la dynamique naturelle de la parcelle et à inscrire le projet dans un suivi de long terme. 

 

Ce que cela change pour les entreprises dans la stratégie de contribution carbone 

Pour une direction RSE, l’été 2026 ne signifie donc pas qu’il faudrait sortir du financement forestier. Il conduit plutôt à être plus exigeant sur la sélection et la conception des projets. 

Le volume de tonnes de CO₂ annoncé reste un indicateur important, mais il ne devrait plus être regardé seul. La composition du peuplement, le niveau de risque incendie, la justification de l’intervention par rapport à la régénération naturelle et les co-bénéfices sur l’eau, les sols et la biodiversité font partie des critères à examiner. 

La parcelle doit aussi être replacée dans son environnement : proximité de coupures de combustible, présence de ripisylves, îlots de semenciers ou continuité avec les peuplements voisins peuvent contribuer à la résilience du territoire⁶. 

Le projet forestier se juge donc aussi à l’échelle du paysage. 

Financer le temps long que le marché rémunère difficilement 

L’INRAE observe que la répétition des crises pourrait conduire certains propriétaires à raccourcir leurs rotations, jusqu’à 25-35 ans. À l’inverse, une sylviculture davantage orientée vers la prévention des incendies peut nécessiter des interventions régulières et des cycles plus longs⁶. 

La contribution carbone peut alors jouer un rôle qui dépasse la seule quantité de CO₂ associée à un projet : financer dans la durée des choix de gestion et de restauration dont les bénéfices sont collectifs. 

Cette logique peut d’ailleurs être élargie à l’agriculture. Forêts et exploitations agricoles partagent les mêmes enjeux de stress hydrique et de préservation des sols. Le Label bas-carbone couvre également plusieurs méthodes agricoles, dont Grandes Cultures, CarbonAgri et Haies¹⁸. 

Un portefeuille peut ainsi combiner projets carbone forestiers et projets agricoles labellisés, ancrés dans les territoires où l’entreprise opère. Il répond alors à une logique de contribution carbone locale : diversifier les projets et agir sur plusieurs leviers de résilience plutôt que concentrer toute sa contribution sur un seul type d’écosystème. 

 

Continuer à investir dans la forêt, mais autrement 

L’été 2026 rappelle une réalité que les stratégies carbone ne peuvent plus ignorer : une forêt peut stocker du carbone pendant des décennies et perdre une partie de cette capacité en quelques jours. 

Cette fragilisation ne rend pas la contribution forestière moins pertinente. Elle en change les exigences. 

Pour les entreprises, il ne s’agit plus seulement de rechercher un volume de tonnes de CO₂. Il faut aussi regarder la résilience du peuplement, la diversité des essences, la régénération naturelle, la permanence du carbone, l’eau, les sols, la biodiversité et la prévention des risques. 

Investir dans la forêt revient ainsi à contribuer à reconstruire un puits de carbone fragilisé par le changement climatique, en acceptant une réalité essentielle : les bénéfices forestiers ne se construisent pas à l’échelle d’un exercice budgétaire. 

En forêt, le temps du carbone dépasse largement celui d’un plan quinquennal : il se compte en décennies. 

La question n’est donc plus seulement combien financer, mais quelle forêt contribuer à reconstruire pour les trente, cinquante ou cent prochaines années ? Le Label Bas Carbone donne un cadre à une gestion durable des forêts en tant que puits de carbone.  

Ressources

Restauration de forêts : comment EDF et Oklima soutiennent la reconstitution d’une forêt et de sa biodiversité dans les Monts d’Arrée ?

Dans les Monts d’Arrée, au cœur du Parc naturel régional d’Armorique, un projet de reboisement vise à restaurer une forêt touchée par l’incendie de juillet 2022. Soutenu par le Fonds de Compensation Carbone d’EDF et accompagné par Oklima, ce projet a obtenu la labellisation Label Bas-Carbone le 13 février 2026.

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Ressources

Intermed Exportation : engager la transition écologique des territoires grâce à l’arboriculture

Dans un contexte où l’urgence climatique appelle des actions concrètes et mesurables, Intermedical Group via sa filiale Intermed Exportation poursuit son engagement en faveur d’un modèle plus durable en soutenant le Verger du Soleillet, à Sisteron, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Ce projet agricole, certifié Label Bas-Carbone et mené en collaboration avec Oklima, illustre pleinement la volonté de l’entreprise de conjuguer performance environnementale et responsabilité territoriale.

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Notes et sources de références 

¹ Touteleurope.eu : Feux de forêt : plus de 42 000 hectares déjà brûlés en France en 2026, 28 juillet 2026 

² Gouvernement : Compte rendu du Conseil des ministres du 27 juillet 2026  

³ Vert : Les incendies de 2026 ont émis des quantités de CO2 record dans l’atmosphère, 7 août 2026  

⁴ IGN – Résultats 2025 de l’Inventaire forestier national, octobre 2025 : séquestration de 39 MtCO₂/an sur 2015-2023 contre 63 sur 2005-2013. 

⁵ Aquitaine Online : Après les incendies de 2026, 3,5 millions de m³ de bois posent un nouveau défi, septembre 2026  

⁶ INRAE : Comprendre les incendies de forêts de 2026 : causes, impacts et résilience, 17 août 2026  

⁷ Reporterre : Incendies : en brûlant, les forêts françaises alimentent le dérèglement climatique qui les menace, 27 juillet 2026  

⁸ Copernicus CAMS : Fire Emissions Watch, 30 juillet 2026  

⁹ European Forest Institute : Quel est le rôle joué par les forêts dans le cycle de l’eau ?  

¹⁰ ONF : La forêt, un formidable filtre pour l’eau, 2024 

¹¹ Météo-France : Bilan climatique de l’été 2026, 3 septembre 2026 

¹² BRGM : Nappes d’eau souterraine au 1er septembre 2026, 8 septembre 2026 

¹³ OFB : Situation des écoulements des petits cours d’eau, août 2026 

¹⁵ Trust My Science Les feux de forêt laissent des traces polluantes dans les rivières jusqu’à huit ans après, juin 2025 

¹⁸ Label bas-carbone : La méthode Reconstitution de peuplements forestiers dégradés, mise à jour du 15 septembre 2026  

¹⁹ Citepa : Le rapport Secten édition 2026 est en ligne, 23 juin 2026 

²⁰ IGN : Derniers résultats de l’inventaire forestier national, mémento 2025 

²² INA : Après les incendies, la difficulté de reconstruire des forêts, 7 août 2026 

²³ Actu-Environnement : Incendies de forêts : les annonces du Gouvernement, 17 août 2026 

²⁵ CNPF / Ministère de la Transition écologique : Méthode reconstitution de peuplements forestiers dégradés, V3, 14 février 2025 

²⁶ VALLET, Lilian, ABDALLAH, Charbel, LAUVAUX, Thomas, et al. Soil smoldering in temperate forests: a neglected contributor to fire carbon emissions revealed by atmospheric mixing ratios. Biogeosciences, 2025, vol. 22, no 1, p. 213-242. 

27 France Info. Feux de forêt en 2022 : record de surfaces brûlées et d’émissions de carbone en Europe. 13/12/2022