Les friches agricoles en France : un défi territorial à transformer en opportunité

La France est confrontée à une augmentation significative des friches agricoles, témoins d’une déprise rurale liée à l’abandon prolongé de certaines terres. Ces espaces inactifs, souvent peu ou plus entretenus, soulèvent des enjeux majeurs en matière d’aménagement du territoire, de biodiversité et de transition écologique. 

Loin d’être de simples zones délaissées, les friches agricoles représentent une opportunité stratégique pour repenser l’usage des sols. Elles se situent au croisement d’enjeux économiques, sociaux et environnementaux, et appellent à des solutions innovantes.  

Parmi celles-ci, le boisement apparaît comme une réponse intéressante pour la reconversion de ces terres. En créant des écosystèmes forestiers durables, il est possible de contribuer à la biodiversité locale, de renforcer la résilience des territoires tout en créant des puits de carbone de qualité, essentiels à la lutte contre le dérèglement climatique. 

Le projet de boisement mené à Cussy-en-Morvan illustre cette dynamique :  l’opération venant directement s’ancrer au sein de la trame verte du schéma régional de cohérence écologique (SRCE) de Bourgogne. 

Un phénomène en expansion qui interpelle 

L’ampleur du phénomène des friches agricoles en France ne peut plus être ignorée. Cette réalité contraste avec les besoins croissants de terres cultivables dans un contexte de sécurité alimentaire et de transition écologique. 

Le développement de ces friches s’inscrit dans un contexte agricole français en mutation. L’agriculture française connaît une diminution du nombre d’exploitations [1], entraînant une concentration des terres agricoles et laissant à l’écart certaines parcelles, souvent situées dans des zones économiquement moins attractives et difficiles à valoriser. 

Selon le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, plus de 20 000 hectares de terres sont abandonnées chaque année par l’agriculture [2]. Pourtant, ces terres peuvent aider à répondre aux enjeux de neutralité carbone d’ici 2050. 

Cette transformation du paysage rural traduit des mutations structurelles profondes de l’agriculture française, observables sur l’ensemble du territoire national. 

Les friches agricoles face à leurs enjeux : abandon, reconversion ou opportunité ?

Un défi réglementaire et territorial  

La question des friches agricoles dépasse le simple aspect paysager pour devenir un véritable défi d’aménagement du territoire. L’absence de définition réglementaire précise a nécessité l’adoption d’une définition de travail, validée par la CDPENAF le 17 novembre 2017 [3], qui caractérise une friche agricole comme une zone résultant de la déprise agricole des terres, abandonnée définitivement ou sur une longue période. 

Cette définition s’accompagne d’obligations légales claires : le cadre réglementaire impose aux propriétaires de terrains non-bâtis de les entretenir [4], créant ainsi une responsabilité juridique qui ne peut être ignorée. Cette obligation légale souligne l’importance de trouver des solutions concrètes et durables pour ces espaces délaissés. 

Un potentiel écologique méconnu

Les friches agricoles présentent un potentiel écologique remarquable. Ces espaces sont de véritables laboratoires vivants, propices à l’émergence de nouvelles espèces par dédomestication, au retour d’espèces disparues à cause des activités humaines, et à l’accueil d’espèces en conflit avec l’homme [5]. Cette richesse biologique spontanée offre des perspectives intéressantes pour la conservation de la biodiversité. 

Cependant, cette valeur écologique intrinsèque doit être mise en balance avec les besoins d’aménagement du territoire et les obligations légales des propriétaires. C’est dans cette tension que se situe l’enjeu principal : transformer ces espaces en opportunités durables qui concilient respect de l’environnement et valorisation territoriale. 

Le boisement : une solution d’avenir pour les terres agricoles abandonnées ?

Une réponse adaptée aux défis climatiques 

Parmi les solutions envisagées pour valoriser les friches agricoles, les projets de boisement émergent comme une réponse particulièrement pertinente. Ces initiatives permettent de transformer des terres délaissées en véritables puits de carbone, contribuant activement à la lutte contre le dérèglement climatique. En cohérence avec les territoires, elles favorisent également la biodiversité et redonnent de la valeur à des parcelles oubliées. 

Le processus de reforestation n’est d’ailleurs pas nouveau en France. Les boisements spontanés constituent la principale modalité d’extension des forêts en France, au détriment du territoire agricole non cultivé [6,7]. Cette dynamique naturelle s’explique par plusieurs facteurs convergents : l’exode rural qui libère progressivement des terres de l’emprise agricole, l’évolution des pratiques d’élevage qui délaisse certains espaces pastoraux, et la déprise de zones marginales devenues économiquement peu rentables. 

Les mécanismes écologiques à l’œuvre suivent une succession végétale prévisible : les friches herbacées évoluent vers des formations arbustives, puis vers de jeunes peuplements forestiers composés d’essences pionnières comme le bouleau, le tremble ou les pins. Ce processus, bien que naturel, peut s’étaler sur plusieurs décennies et ne garantit pas toujours la constitution d’écosystèmes forestiers diversifiés et résilients. 

Cette tendance naturelle peut être accompagnée et orientée par des interventions humaines ciblées. L’accompagnement de la succession naturelle permet d’accélérer le processus tout en orientant la composition des futurs peuplements vers des essences locales adaptées au changement climatique. Les techniques de plantation d’enrichissement, de protection contre la faune sauvage, ou encore de gestion des espèces invasives constituent autant d’outils permettant d’optimiser cette transition écologique. Par ailleurs, la planification de ces boisements peut intégrer des objectifs multiples : séquestration carbone, corridors écologiques, production de bois d’œuvre, ou encore services écosystémiques comme la régulation hydrique et la prévention de l’érosion. 

Des expériences concrètes prometteuses 

Les initiatives de boisement de friches agricoles se multiplient sur le territoire français, démontrant la faisabilité et l’intérêt de cette approche. Ces projets illustrent comment des terres abandonnées peuvent retrouver une fonction écologique et économique [7]. 

Ces projets de reforestation s’inscrivent dans une démarche plus large de diversification des usages du territoire rural. Ils offrent aux propriétaires fonciers une alternative viable à l’abandon pur et simple, tout en répondant aux obligations d’entretien imposées par la loi. 

Cussy-en-Morvan : un cas concret de valorisation réussie des friches agricoles 

Labellisé en 2025, ce projet de reboisement de 10,34 hectares redonne vie à d’anciennes terres agricoles laissées en friche. Il incarne un équilibre entre gestion multifonctionnelle et valorisation productive, conciliant séquestration carbone, adaptation au changement climatique et développement économique local. 

Pour renforcer la résilience écologique de la parcelle, sept essences ont été sélectionnées en tenant compte des conditions locales et des futurs aléas climatiques. L’itinéraire sylvicole repose sur une diversité d’espèces feuillues et résineuses, dont :  

  • Feuillus : aulne glutineux, chêne pubescent, châtaignier 
  • Résineux : cèdre de l’Atlas, douglas, pin laricio, pin maritime 

Chaque essence a été implantée selon les spécificités du terrain. Par exemple, l’aulne glutineux, essence pionnière fixatrice d’azote, a été planté en zone humide en contrebas de la parcelle, près d’un cours d’eau. Il améliore la fertilité des sols hydromorphes et structure les milieux humides. 

Le chêne pubescent et le châtaignier, bien adaptés à la région Bourgogne-Franche-Comté, apportent à la fois une valeur écologique (faune, flore, mycorhizes) et économique, renforçant la cohérence territoriale du projet. 

Les essences résineuses, bien que non indigènes à la région, ont été choisies pour leur tolérance à la sécheresse et leur capacité d’adaptation aux nouvelles conditions climatiques. Le douglas (Amérique du Nord), le cèdre de l’Atlas (Afrique du Nord), le pin laricio (Corse/Calabre) et le pin maritime (littoral Atlantique) illustrent cette stratégie. 

À terme, le projet devrait permettre de séquestrer jusqu’à 3 300 tonnes équivalent CO₂. 

Boisement d’une friche agricole à Cussy-en-Morvan : un exemple de reconversion écologique et durable

Ce projet génère plusieurs retombées positives pour le territoire: 

  • Dynamique économique locale : les travaux ont été réalisés par deux entreprises locales, et le bois issu des futures opérations sylvicoles sera valorisé par une entreprise de première transformation située à moins de 50 km. 
  • Préservation de la biodiversité : création de bordures feuillues linéaires pour favoriser la biodiversité. 
  • Gestion respectueuse des sols : absence de labour et travail en bandes pour préserver la parcelle  

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Les défis de la mise en œuvre 

Concilier les enjeux contradictoires 

La valorisation des friches agricoles par le boisement nécessite de concilier des enjeux parfois contradictoires. D’un côté, la nécessité de préserver les espaces agricoles et de maintenir la souveraineté alimentaire, de l’autre, l’urgence de trouver des solutions pour des terres effectivement abandonnées et l’impératif de lutte contre le dérèglement climatique. 

Face à cet enjeu, une approche mesurée s’impose : privilégier le boisement des friches définitivement abandonnées plutôt que celui de terres agricoles encore valorisables. Il s’agit de distinguer clairement les friches temporaires, susceptibles de retrouver une vocation agricole, des friches structurelles pour lesquelles le boisement représente une solution durable. 

L’importance de l’accompagnement technique 

Le succès des projets de boisement de friches agricoles dépend largement de la qualité de l’accompagnement technique dont bénéficient les propriétaires. Le choix des essences, les techniques de plantation, l’entretien des jeunes peuplements constituent autant d’éléments critiques qui nécessitent une expertise spécialisée. 

Cette dimension technique souligne l’importance de développer des filières d’accompagnement spécialisées, capables de proposer des solutions adaptées aux spécificités de chaque situation. L’enjeu est de professionnaliser ces démarches pour garantir leur réussite à long terme. 

Vers une nouvelle approche territoriale 

La question des friches agricoles et de leur valorisation par le boisement s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’évolution des territoires ruraux français. Elle interroge notre capacité collective à repenser les usages du sol en fonction des nouveaux défis environnementaux et sociétaux. 

L’approche développée autour du boisement des friches agricoles illustre comment une contrainte réglementaire peut être transformée en opportunité d’innovation territoriale. Elle montre également l’importance d’une vision à long terme, capable d’anticiper les évolutions climatiques et de préparer nos territoires aux défis de demain. 

Cette transformation des friches agricoles en nouveaux écosystèmes forestiers représente finalement, en association avec d’autres solutions, un exemple concret de ce que pourrait composer une gestion durable et prospective de nos territoires ruraux. Elle ouvre la voie à une nouvelle forme d’aménagement du territoire, réconciliant impératifs économiques, obligations réglementaires et urgence écologique. 

L’avenir des friches agricoles françaises se dessine ainsi autour d’une approche innovante qui fait de la contrainte une opportunité, de l’abandon un renouveau, et de la déprise agricole une chance pour la biodiversité et le climat. Cette transformation témoigne de la capacité d’adaptation de nos territoires ruraux face aux défis du XXIe siècle. 

Oklima, partenaire technique et écologique des territoires 

Dans un contexte où la reconquête de la biodiversité s’impose comme un enjeu stratégique pour les territoires, Oklima se positionne comme un acteur incontournable du boisement et du reboisement en France. Nous accompagnons les propriétaires fonciers dans la transformation de leurs friches en véritables réservoirs de biodiversité 

Cette démarche, à la croisée des politiques publiques et des dynamiques locales, s’inscrit pleinement dans les objectifs de transition écologique. Elle offre aux territoires une opportunité concrète de restaurer des écosystèmes tout en générant des co-bénéfices environnementaux et économiques. 

Aux côtés des gestionnaires forestiers, Oklima invite les propriétaires de friches à s’engager dans une trajectoire vertueuse, en leur proposant un accompagnement sur mesure pour concevoir et mettre en œuvre des projets durables, à fort impact, et pleinement adaptés aux enjeux de demain. 

Notes de référence :

[1] Chambre d’agriculture France, Les chiffres clés 2024 de l’agriculture française, Chiffres_cles_2024_de_l_agriculture_francaise.pdf 

[2] : Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire, Rapport CGAAER Rapport n° 21131p  Plus de 20 000 ha de terres agricoles abandonnés chaque année, un angle mort des politiques foncières. Prospective relative aux terres agricoles délaissées à l’horizon 2050 | Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire 

[3]  Commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF), Contexte – Inventaire des friches agricoles – Connaissance des territoires – Connaissance et cartographies du territoire – Publications – Les services de l’État dans le Loiret 

[4] Code rural et de la pêche maritime, obligations d’entretien des terrains non-bâtis Code rural et de la pêche maritime – Chapitre II : Servitudes 

[5] Coordination Libre Evolution, Les friches : symbole de libre évolution Les friches – Coordination Libre Evolution 

[6] Good Planet, Reforestation spontanée : quand la forêt profite de l’abandon des terres agricoles Reforestation spontanée : quand la forêt profite de l’abandon des terres agricoles – GoodPlanet mag’ 

[7] Inrae, Le reboisement spontané de nos montagnes… bon ou mauvais pour la biodiversité ? Le reboisement spontané de nos montagnes… bon ou mauvais pour la biodiversité ? | INRAE 

Amelia Veitch, Projet de thèse : La société contre la friche ? Abandons et remises en culture de terres agricoles : etude d’anthropologie environnementale https://theses.fr/s353071 

Autres sources de l’article :  

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